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Ici ailleurs

Mardi, 12 Août 2008 13:49

dereks-car-south-africa.jpgLa voiture de Derek au début du séjour

church-in-prieska.jpgL'eglise de Prieska

shebeen-masiphumelele.jpgDans un shebeen de Masiphumelele avec Chris à côté de moi

diaz-beach.jpgDiaz Beach dans la reserve de Cape Point
orania.jpgL'effigie de la ville d'Orania avec en arrière plan les bustes de deux icônes Afrikaaners, Dr Verwoerd à l'extrême droite et un ancien premier ministre dont le nom m'échappe
steers.jpgL'essentiel de mon alimentation pendant les 3/4 du séjour…

Me voici donc de retour en France, je ne dirai pas à la maison, car j'ai vraiment le sentiment que ma maison est aussi là bas.
Le séjour s'est très bien déroulé, je n'ai eu aucun problème particulier, ni financier, ni de sécurité ni de santé.
Voici un bref résumé de ces quelques semaines.
J'essayerai par la suite, lors de la diffusion de chacune des séries, d'écrire un texte plus détaillé.

Départ de Paris le 6 juillet, arrivée le 7 au Cap.
Derek était là pour m'accueillir et nous sommes allés à sa maison dans le quartier de Gardens au Cap.
J'étais plutôt fatigué par le vol via Doha et Johannesburg, je me suis donc couché assez tôt.
Le lendemain nous sommes partis pour notre grand tour du Northern Cape, du 8 au 17 juillet, dans son énorme Pajéro qui consomme beaucoup trop d'essence à mon goût…
Vanrhynsdorp, Springbok, Pofadder, Upington, Prieska, Victoria West, Beaufort West puis Cape Town, telles furent nos étapes.

Je garde de cette première partie du séjour un excellent souvenir ! J'ai redécouvert l'Afrique du Sud, bien aidé par Derek qui parle couramment l'Afrikaans. Nous avons aussi passé pas mal de temps dans les townships de toutes ces petites villes, Derek réalisant des castings sauvages, nous allions souvent dans ces quartiers périphériques, car il faut bien reconnaître que les plus belles filles s'y trouvent…
J'y ai bu ma première bière dans un shebeen (un bar auparavant illégal où s'organisait la résistance au régime Apartheid, aujourd'hui un endroit très vivant et très alcoolisé), j'ai tenté quelques pas de Kwaito, mais on m'a poliment dit que vraiment les blancs ne savaient pas danser ! ;)
Si les villes ne présentent pas un intérêt incroyable pour un touriste lambda, elles furent fabuleuses pour moi, j'y ai trouvé l'architecture que je recherchais et je fus très impressionné par la très grande diversité et l'audace architecturale des églises !
Les paysages sont somptueux, la plus belle partie étant à mes yeux le Namaqualand juste avant Springbok et ainsi que la route qui rejoint Pofadder, une steppe jaune d'or avec des monticules rocheux brûlés par le soleil, une pierre quasiment noire et joliment arrondie par l'érosion.

De retour de la province Nord un peu plus tôt que prévu j'ai passé quelques jours au Cap, surtout dans le sud de la péninsule.
J'ai enfin pû réaliser mon rêve d'enfant et descendre sur Diaz Beach, la très belle et magnifique grandiose fabuleuse majestueuse plage entre le Cap de Bonne-Esperance et la Pointe du Cap, c'était très con de faire tous ces kilomètres pour une simple plage, mais je ne le regrette pas, c'était très émouvant !

La semaine suivante, du 21 au 27 juillet, j'ai travaillé dans le township de Masiphumelele. Ce fût une semaine vraiment fabuleuse !!!
Mes hôtes Zukie et Rodney (et leurs 3 enfants) furent très sympathiques et mon « fixer » qui avait choisi de s'appeler Chris (car il savait que je parviendrais jamais à prononcer correctement son nom) m'a vraiment fait découvrir le township, les lieux et les personnes.
Dix jours avant mon arrivée, un gros quart de celui-ci a été détruit dans un incendie, et déjà les constructions reprenaient.
Ce petit township de 20 000 habitants est constitué des nombreuses habitations différentes, des cabanes de tôles (shacks), des maisons ou petits ensembles en dur construits par des NGO et nombreuses autoconstructions en bois ou en agglo. Il n'y a pas ces anciennes maisons construites par l'ancien gouvernement, le township (alors nommé Site 5) étant considéré comme illégal durant cette période. Il n'y a pas non plus les nouvelles maisons construites par le nouveau gouvernement, celles si bien photographiés par D. Goldblatt (j'ai pu les voir lors de ma tournée dans le nord).
J'ai quitté le township avec un petit pincement au coeur tant j'ai apprécié cette partie du voyage ! Moi qui n'avais jamais vécu dans de tels endroits, qui le redoutais un peu, j'y ai eu une leçon de vie incroyable, et bien que très court, ce séjour m'a vraiment touché, changé ; voir ou vivre un endroit, c'est vraiment différent.

Je suis ensuite retourné dans le centre du Karoo, dans le village privé d'Orania.
La loi sud-africaine permet aux minorités de créer leurs propres villes, celle-ci est réservée à la culture afrikaner, pour sa défense et sa préservation, j'y ai surtout vu une survivance de l'ancien régime (le drapeau de la ville est d'ailleurs très proche de l'ancien drapeau de l'Afrique du Sud).
Ce n'est pas dit ouvertement, mais c'est aussi (et surtout ?) un moyen de vivre sans noirs et métis.
Ce village est dans la droite lignée des politiques ségrégationnistes instaurées par le Dr Verwoerd qui prônait un développement séparé en fonction de la « race ». Orania est donc un Volkstaat où règne le culte du Dr Verwoerd, on y trouve plusieurs statues a son éphigie, un musée de la famille et sa veuve y a vécu jusqu'à sa mort, sa tombe est maintenant un monument de la ville.
Mon séjour dans la ville a commencé par une visite privée, pris en main par le mari de la responsable des médias qui m'a présenté la ville selon son point de vue. C'était très courtois et les réponses à mes questions, parfois piquantes furent très franches. J'ai ensuite travaillé quelques jours sur les maisons de la ville, un ancien camp de travailleurs pour les ouvriers et ingénieurs du canal sur l'Orange river. Le concept de la ville est de viser l'autosuffisance, alimentaire, énergétique et économique. Nombre de maisons sont construites avec un réel souci écologique, paille, bois et autres techniques sont massivement utilisés, l'eau est directement pompée dans la rivière et seule une petite partie est traitée. Sur les 8 000 hectares de terre se trouvent quelques exploitations agricoles et la ville compte une cinquantaine d'entreprises. Cette Mecque de la culture Afrikaans frappe aussi sa propre monnaie, l'Ora, indexée sur le cours du Rand, mais qui permet d'obtenir 5% de réductions dans certains commerces…
Pour être honnête, mon séjour s'est très bien passé, j'y ai rencontré des personnes très aimables et accueillantes, mais j'avais l'avantage d'être du bon côté, blanc et français (donc supposé anglophobe…).

Retour au Cap par la côte sud, j'ai réalisé un grand détour juste pour repasser au Beacon Island, un fabuleux hôtel où j'allais enfant toujours avec un immense plaisir. Pour y arriver depuis le Karoo, j'ai traversé le Prince Alfred Pass, une piste incroyable et sauvage qui passe par dessus 4 montagnes, 72 kilomètres à éviter le vide, sur une piste à peine plus large que ma Corsa…  J'ai tenté coûte que coûte de ne pas tomber dans les terribles ravins qui jalonnent l'itinéraire et j'ai dû très souvent jouer de l'embrayage pour réussir a monter les côtes sans faire patiner mes pneus vraiment trop citadins pour un tel endroit. J'ai terminé la piste de nuit, un moment très très stressant, mais quelle beauté !
Après la visite du Beacon Island je suis retourné au Cap pour y passer mes derniers jours.
J'ai travaillé sur la partie plus personnelle du projet, avec difficulté, j'ai commencé à percevoir quelques pistes un peu tardivement, j'attends un peu de digérer le voyage pour me replonger dans les planches contacts.
J'ai visité Robben Island, en compagnie d'un très bon guide et la visite est très émouvante, à la fois car on fait réellement face à la brutalité de l'ancien régime mais aussi par l'absence totale de rancoeur et de vengeance.
Les guides sont tous d'anciens détenus, leurs témoignages sont d'une grande densité ; très poignant, vraiment à faire !

Ayant choisi de développer tous mes films au Cap j'ai dû arrêter de photographier quelques jours avant mon départ. J'ai donc eu le loisir de vivre la ville, de profiter de son rythme indolent et de ses avantages. J'ai découvert le surf à Muizenberg, un sport qui m'a vraiment plu, même si le drapeau noir indiquait que le surveillant ne pouvait dire s'il voyait des requins ou non à cause de la visibilité (quand je parle de requins, c'est pas des petits poisson rouge de l'aquarium, je parle du grand requin blanc…).
Mais curieusement, une fois dans l'eau on n'y pense plus, tellement on est attentif à attraper la bonne vague et à ne pas rater le rapide mouvement qui permet de tenir debout, ce que j'ai réussi à faire plusieurs fois avec une joie immense !

Ces derniers jours sans stress, juste de détente ont vraiment rendu mon départ très difficile… mais je le sais… tout comme Terminator, I will be back !

Merci à tous ceux que j'ai rencontrés là bas, à toute la french connexion du Cap, vous avez rendu mon séjour inoubliable !

Enfin, merci aux amis et gratitude éternelle à ma cocotte qui a dû dompter mon horrible progéniture pendant toute mon absence !!

 

Ce travail a été réalisé avec l'aide de la Drac 76

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MEYER Mireille  - Ici Ailleurs   |19 08 2008
Bonjour Alan,

Je viens de lire tes commentaires sur ton séjour "Ailleurs" , et bien que j'y sois, comme toi restée plusieurs années, j'ai appris plein de choses et je comprends
que tu en ai la nostalgie.........Bravo pour ce que tu as réalisé et tout ce que tu as vu et fait là bas. C'est fort interessant d'autant plus que tu as rencontré des
personnes fort sympathiques et de toutes ethnies avec lesquelles tu as pu silloner une grande partie du pays.
J'attends avec impatience le prochain épisode !
Kiss from me !

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